Je n'ai pas encore lu que le problème Junker vient également du fait que certains chefs d’État et de gouvernement ne veulent pas de... Martin Schulz à la tête de la Commission Européenne. Je m'explique.

Les défenseurs de la candidature Junker le sont, publiquement du moins, au nom de la démocratie et du traité de Lisbonne qui indique « le Conseil européen doit tenir compte des résultats au Parlement lorsqu’il désigne la personnalité qu’il envisage de nommer président de la Commission. ». Le Parti Populaire Européen (PPE) étant le premier groupe politique européen, son candidat, Jean-Claude Junker, devrait être proposé au Parlement par le Conseil Européen. Le Conseil étant composé majoritairement de conservateurs, il ne devrait pas y avoir de dissensus et pourtant...

Ce paradoxe vient également du fait, à mon avis, que ces conservateurs savent très bien que le Parlement ne votera pas en faveur de Junker étant donnée que le PPE, même en s'alliant avec l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE) et, on ne sait comment, avec les Conservateurs et Réformistes européens (ECR), n'est pas majoritaire et qu'il est, pour de nombreux parlementaires, le grand responsable du désamour des européens pour l'UE. Une fois la candidature Junker désapprouvé par le Parlement, qui ne manquera pas de rappeler que le PPE a perdu 53 sièges (près de 20%), le Conseil n'aura d'autre choix, en suivant la même logique, que de proposer le candidat arrivé en seconde position, c'est à dire Martin Schulz de l'Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates au Parlement européen (S&D), puis Guy Verhofstadt de l'ADLE, qui pourraient bénéficier l'un comme l'autre, non pas d'une adhésion supérieure à celle du PPE – si ce n'est celle du groupe Les Verts/Alliance libre européenne (Verts/ALE) – , mais d'un moindre rejet et donc de l'abstention de certains groupes en échange de garanties comme une politique écologique ambitieuse ou un salaire minimum européen pour contenter la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique (GUE/NGL). Auquel cas, le président de la Commission ne serait pas conservateur.

Et quel conservateur pourrait accepter ce scénario ?